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 Mouvement Républicain et Citoyen 44

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TSCG : Pourquoi je voterai contre. Christian Hutin Député du Nord

Publié le 9 Octobre 2012 par Webmaster-MRC44 in Positions MRC

Je voterai contre par souci de cohérence ; en 1992, j’avais voté non au Traité de Maastricht. Le 29 mai 2005, j’avais voté non au référendum sur le traité pour une constitution de l’Europe. Ce nouveau texte s’inscrit dans la même logique. Nous voyons aujourd’hui à quel point nous avions raison de refuser des traités qui étaient déjà dépassés avant même d’être votés. 

Avec les parlementaires du MRC nous voterons la loi de finances, mais nous ne voterons pas le traité européen (TSCG) pour deux raisons principales : l'effet "récessionniste" qu'aura assurément l’application de ce traité dans toute l'Europe et la dépossession réelle des pouvoirs du Parlement qu'il entraine.

De quoi s’agit-il ? : Le "pacte de croissance » prévoit le redéploiement de 55 milliards de crédits FEDER (Fonds européen de développement régional) qui existaient déjà. Il prévoit une augmentation du capital de la banque européenne d'investissement, censée pouvoir financer 60 milliards d'investissements sur un laps de temps à définir. Enfin, il prévoit ce qu'on appelle les "project bonds", mais pour un montant extrêmement modeste : quatre ou cinq milliards d'euros. Aucune de ces mesures n'est à même de contrebalancer l'effet déflationniste du traité et d'inverser la marche à la récession aujourd'hui engagée.

Fondamentalement, la logique de la construction européenne à ses débuts s’inscrivait dans le cadre de la guerre froide. L’effondrement de l’URSS à donné un blanc sein aux idéologues les plus extrémistes du néo-libéralisme, en faisant notamment de la concurrence l’alpha et l’oméga de toute politique, en s’appuyant sur une monnaie unique déconnectée de tout contrôle démocratique et populaire. Or une monnaie n'est rien si ce n'est un outil et un marqueur identitaire. Un outil au service de l'économie d'un pays et d'un peuple qui s'identifie à lui. C'est aussi la photographie de la réalité d'une économie, de son reflet. Nous avons l'économie de notre monnaie et la monnaie de notre économie.

Elle est aussi l’illustration d’une identité voire d’un tempérament national. Loin d’avoir fait converger les économies nationales, l’euro (dans son fonctionnement actuel) n’a eu pour effet que d’exacerber les tensions entre les 17 pays membres de la zone. Ce qu’il faut comprendre c’est que les monnaies sont aussi des marqueurs identitaires. Ce ne sont pas seulement des statistiques, des algorithmes, des valeurs boursières, des équations mathématiques. L’euro doit donc évoluer et nous devons examiner son passage de monnaie unique vers une monnaie commune.

Car aujourd’hui cela a un prix : la casse industrielle, la case sociale, le chômage de masse, la destruction des services publics, la baisse des salaires, la baisse de la protection sociale, la baisse des pensions et des retraites. Telle est la réalité. Il n’est pas surprenant de voir monter partout en Europe les mouvements populaires, voire des révoltes, et les gouvernements ne sont perçus que comme des relais mettant en œuvre ces politiques. Ce faisant nous prenons conjointement de biens grands risques politiques.


Avec Jean-Pierre Chevènement, il y a vingt ans que nous décrivons ces phénomènes, que nous les analysons et que nous faisons des propositions pour sortir de cette crise. Crise qui n’est pas le fruit du hasard structurel car le modèle proposé, voire imposé, vise à un changement radical de notre organisation sociale. D’un modèle basé sur la solidarité, la mutualisation et la fraternité nous allons vers l’individualisation des coûts, des risques, de l’épargne, de l’assurance et de la protection. Ce changement de perspective est « révolutionnaire » (ou contre-révolutionnaire) au sens propre du terme. Au cœur de cela, c’est la remise en cause de l’articulation que nous avons toujours fait au MRC de la question sociale et de la question nationale, donc de l’idée que nous nous faisons de la démocratie et de la République.

Nous sommes partisans d'une Europe construite dans le prolongement des nations, ce schéma ne rentre pas dans le projet voulu aujourd’hui par les tenants d’un « européisme béa ». Ils le considèrent comme dépassé et obsolète. Ils commettent une erreur majeure pouvant devenir tragique, mais les forces de l’argent et de la finance n’en ont que faire, au contraire elles doivent détruire ou amoindrir les nations qui sont le lieu du sentiment d’appartenance, du débat démocratique, de la solidarité pour faire triompher leur projet et leur vision de la société.

C’est notamment pour ces raisons que nous avions décidé de soutenir François Hollande. En particulier pour réorienter la construction européenne. Je mesure parfaitement l’ampleur du défi qui est le sien ainsi que celui de Jean-Marc Ayrault et du Gouvernement. Nous savons parfaitement que François Hollande a besoin de temps, mais aussi d’une volonté et d’une majorité qui comprennent ces enjeux. Avec le MRC nous savons très bien que les marges de manœuvres sont limitées et que la droite et l’extrême droite en embuscade ne nous ferons aucun cadeau. Nous savons aussi que la volonté de changement d’une bonne partie de l’électorat de gauche est grande. 

Il faut que la gauche réussisse, car en coulisse se sont aussi de grandes recompositions des équilibres politiques de notre pays qui sont en cours. Une nouvelle synthèse des droites est à l’œuvre qui pourrait déboucher sur une nouvelle formation très conservatrice et libéral alliance du néo-conservatisme et des puissances de l’argent nouvelle illustration du « sabre et du goupillon ». 

Face à cela la responsabilité de la gauche au pouvoir est immense. Le Président de la République ne peut donc assoir sa majorité uniquement sur le noyau dur « légitimiste et européiste » du PS, il serait en décalage avec l’opinion publique. Or les contraintes internes et externes sont telles que la tentation peut-être grande pour faire front de ne se reposer que sur ce noyau dur. Mais la réalité n’est pas celle-là. Ce qui se joue derrière tout cela c’est l’avenir de notre pays et de sa place dans le monde. Le grand enjeu politique du siècle c’est la redéfinition de notre contrat social dans notre pays mais aussi en Europe. Il ne faut se faire aucune illusion la guerre sera terrible avec les forces de l’argent. Le combat commencé en 1789 n’est toujours pas terminé.

Cette analyse était d’ailleurs partagée en grande partie par le Parti socialiste lorsque Jean-Luc Laurent a signé avec Martine Aubry l’accord le 9 mars 2012 entre le MRC et le PS dans lequel s'agissant du traité européen (TSCG) : "Les deux partis conviennent que le traité européen tel qu'il a été convenu par le sommet du 30 janvier 2012 et signé le 2 mars dernier est inacceptable. La vision purement budgétaire et disciplinaire qui est celle du traité déboucherait sur une austérité et une récession généralisée. Le traité doit être renégocié afin d'introduire dans l'architecture de la zone euro des moteurs de croissance aujourd'hui défaillants : rôle clé de la BCE dans le rachat des dettes publiques et dans le soutien à la croissance, emprunt européen permettant de financer un grand plan d’investissement, relance salariale dans les pays auxquels leur compétitivité le permet, politique de change assurant un euro compétitif."

Le MRC reste donc fidèle à l’engagement de sa signature du 09 mars.

                                                          Christian HUTIN
                               Vice-président de la Commission des Affaires sociales
                                                          Député du Nord
                                  Vice-président du Mouvement Républicain et Citoyen

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